Ce poème est pour moi un hommage à Mallarmé que je vénère comme le poète qui a transcendé le mouvement parnassien et fondé le symbolisme. La vénération n’imposant pas nécessairement l’aveuglement, je me suis amusé à faire ce pastiche dans le respect du maître, sans outrecuidance ni moquerie. Pour la forme, le sonnet s’imposait : j’ai utilisé deux des quatre rimes en « ix » de son fameux sonnet « Ses purs ongles très haut... » et j’ai repris quelques mots de son lexique, ainsi que certaines tournures comme « renaître à soi-même » ou « encor que ». Pour le fond j’ai voulu illustrer le thème de l’impuissance à accéder à la beauté absolue (l’Azur), thème qui traverse toute l’œuvre de Mallarmé : pas facile de trouver une métaphore suffisamment illustrative, qui reste d’une décente modestie tout en évitant la parodie ! L’insecte piégé dans l’ambre m’a semblé être une réponse adéquate.

On m'a reproché plusieurs incohérences ou inexactitudes. En poète insoucieux, je les assume de gaîté de cœur :
1) Le bombyx est un papillon, c-à-d un lépidoptère ; à ce titre il ne possède pas d’élytres ; en hiver il n’existe que sous forme de chenille ; au printemps il ne vole pas en essaim. 2) Le vernix, substance blanchâtre qui protège la peau du fœtus humain n’est pas une gangue mais un film : aucun autre être vivant n’en possède et certes pas les insectes. 3) L’ambre est une substance amorphe, en aucun cas un cristal.
Que dire ? Peu m'importe la vérité objective, l'essentiel est de rêver… Et tout le reste est littérature.

Décembre 2003.
Envol du bombyx

Pseudo-sonnet paléo-entomologique et sous-mallarméen

 


L’éternité le fige en pur éclat d’onyx,
Les élytres scellés sur le désir d’étendre
Ses ailes qui jamais ne frémiront d’attendre
La saison de l’envol vrombissant des bombyx.

Aurait-il déchiré la gangue de vernix
Entachant son thorax aux tons de palissandre
Pour renaître à soi-même, épuré de sa cendre,
Et promettre à l’azur son rêve de phénix ?

Mais l'hiver a transi sépulcral chaque membre,
Nul rayon d'or, hélas ! aux vitres de décembre
N’a ranimé l’espoir d’un ultime partir,

Encor que cet effort stérile qui le cambre
Eût aboli peut-être, inutile martyr,
L’immobile agonie au cœur du cristal d’ambre.