Ce poème est pour moi un hommage à Mallarmé que je vénère comme le poète qui a transcendé le mouvement parnassien et fondé le symbolisme. La vénération n’imposant pas nécessairement l’aveuglement, je me suis amusé à faire ce pastiche dans le respect du maître, sans outrecuidance ni moquerie. Pour la forme, le sonnet s’imposait : j’ai utilisé deux des quatre rimes en « ix » de son fameux sonnet « Ses purs ongles très haut... » et j’ai repris quelques mots de son lexique, ainsi que certaines tournures comme « renaître à soi-même » ou « encor que ». Pour le fond j’ai voulu illustrer le thème de l’impuissance à accéder à la beauté absolue (l’Azur), thème qui traverse toute l’œuvre de Mallarmé : pas facile de trouver une métaphore suffisamment illustrative, qui reste d’une décente modestie tout en évitant la parodie ! L’insecte piégé dans l’ambre m’a semblé être une réponse adéquate.
On m'a reproché plusieurs incohérences ou inexactitudes.
En poète insoucieux, je les assume de gaîté de cœur :
1) Le bombyx est un papillon, c-à-d un lépidoptère ;
à ce titre il ne possède pas d’élytres ; en hiver
il n’existe que sous forme de chenille ;
au printemps il ne vole pas en essaim.
2) Le vernix, substance blanchâtre qui protège la
peau du fœtus humain n’est pas une gangue mais
un film : aucun autre être vivant n’en possède et
certes pas les insectes.
3) L’ambre est une substance amorphe, en aucun
cas un cristal.
Que dire ? Peu m'importe la vérité objective,
l'essentiel est de rêver… Et tout le reste est littérature.
L’éternité le fige en pur éclat d’onyx,
Les élytres scellés sur le désir d’étendre
Ses ailes qui jamais ne frémiront d’attendre
La saison de l’envol vrombissant des bombyx.
Aurait-il déchiré la gangue de vernix
Entachant son thorax aux tons de palissandre
Pour renaître à soi-même, épuré de sa cendre,
Et promettre à l’azur son rêve de phénix ?
Mais l'hiver a transi sépulcral chaque membre,
Nul rayon d'or, hélas ! aux vitres de décembre
N’a ranimé l’espoir d’un ultime partir,
Encor que cet effort stérile qui le cambre
Eût aboli peut-être, inutile martyr,
L’immobile agonie au cœur du cristal d’ambre.