En ce temps-là – les dernières années du XXe siècle – on pouvait faire le tour du Grand Canal et revenir en traversant les jardins du Grand Trianon.
Ce n'est plus le cas maintenant, les grilles sont fermées.
Il semble bien que là aussi, peu à peu, la liberté se restreigne…
Le dernier vers qui n’est pas dans le ton du reste a déçu, voire choqué certains de mes lecteurs ! Je vais donc m’expliquer :
Quand j’ai commencé à écrire ce sonnet, je n’avais pas du tout en tête cette chute, j’avais comme seuls objectifs de mettre à la rime « Versailles », le « Grand Canal » et le « Trianon ».
Le premier quatrain est surtout explicatif, le deuxième plus « romantique ». Au premier tercet, ne trouvant que « tympanon » comme rime admissible à « Trianon », je fus entraîné malgré moi à mêler la musique à la peinture pour un résultat dont je fus très satisfait mais que je trouvai, à la réflexion, un peu trop « léché »…
C’est alors que le démon de l’autodérision m’empoigna et me souffla les deux derniers vers. L’avant-dernier, avouons-le,
est très convenu, presque artificiel : il constitue une sorte de tremplin pour la chute qui, en l’occurrence, porte bien son nom ! Et, pour faire bonne mesure, j’y ai remplacé le « nous » distingué par un « on » débraillé.
J’aime beaucoup la poésie classique, je la respecte, mais, que voulez-vous, il me prend de temps en temps une envie canaille de trousser ses jupons empesés…
L’hiver, quand nous allions le dimanche à Versailles,
Nous suivions un parcours immuable et banal.
Effaçant quinze jours d’exil régional,
Ces froids après-midi chantaient nos retrouvailles.
Nous quittions la terrasse et ses hautes murailles
Pour marcher côte à côte au bord du Grand Canal.
Je nous revois tous deux sous le ciel hivernal
Comme sur des photos d’anciennes fiançailles.
Au retour nous passions devant le Trianon.
On eût dit que le soir, au son du tympanon,
Faisait vibrer le marbre éclaboussé de roses.
Nous devisions alors, en allant d’un pas vif,
Sur l’espoir, les regrets, la vanité des choses…
Puis on rentrait chez toi prendre l’apéritif.