Sonnet « écolo-parnassien » , inspiré
par le superbe parcours entre Banff et Jasper
dans les Rocheuses canadiennes.

« Le glacier des Rocheuses », Athabasca, est un champ de glace qui s'étend sur plusieurs centaines de kilomètres carrés, qui résiste au réchauffement climatique et dont le déclin est encore loin de ce que nous observons depuis quelques années dans les Pyrénées françaises.
Son niveau a baissé (il couvrait la route du col il y a encore soixante-dix ans), la pollution automobile a terni la glace à proximité de la route et quelques installations touristiques sont venues défigurer le paysage, mais il ressemble toujours à un glacier…

Bien sûr, mon évocation de ce qu'il a été
et de ce qu'il est encore le magnifie quelque peu :
c'est le privilège de la poésie !

Vancouver, août 2004.
Eléphant à l'agonie

 


Le glacier des Rocheuses

 


Le climat l’a vaincu depuis un siècle ou presque,
Ce titan qui grondait sur le flanc des ubacs
Et basculait l’ivoire usé de ses séracs
Dans l’eau verte où sombrait leur charge éléphantesque.

Au pied des sommets clairs il s’endort, gigantesque,
Tel un colosse las veillé par ses cornacs
Et sa vie en torrents écume vers les lacs
Dont s’allume au couchant la lointaine arabesque.

L’haleine des vents doux rosit le fond du ciel.
À l’horizon s’étend le règne artificiel
Qui resserre à l’entour son infrangible étreinte.

Car l’homme est là, partout, surgi de son néant !
Il est venu poser, sacrilège et sans crainte,
Son empreinte de nain sur celle du géant.