Dans ce sonnet je me suis plu à opposer le premier quatrain au reste du poème :
les quatre premiers vers accumulent en phrases courtes, sans verbe, les tourments que charrie l'insomnie dans sa divagation ;
les dix vers suivants déroulent en une unique longue phrase le lent retour à la lucidité qui se confond avec la renaissance du jour.
Petit matin
Longue nuit d’insomnie aux ciels couleur de suie…
Tourbillons de l'angoisse ! Ouragans ! Flots amers !
Clameurs de la raison ! Naufrages sur des mers
Sans lune ! Embruns glacés que nulle main n’essuie !
Puis au petit matin, quand la tempête enfuie
Sous l’horizon, loin de la côte et des amers,
Abandonne au reflux des regrets doux-amers
Comme de noirs espars qui luisent sous la pluie
Et que défile encore au fond des yeux éteints
Le cortège angoissant des futurs incertains,
L’esprit désemparé s’efforce à reconnaître
Aux premières lueurs frémissant au plafond
Cette aubade attendue et candide que font
Les doigts légers du jour frappant à ma fenêtre.