Les règles du sonnet régulier classique
Cette page récapitule les règles spécifiques auxquelles est soumis le sonnet régulier classique, outre celles que lui impose la poésie classique.
Structure
1. Il se présente sous deux formes : abba abba ccd ede
et : abba abba ccd eed ;
2. Les vers doivent être isométriques ;
3. Ils peuvent compter de 1 à 12 syllabes ;
4. Les strophes sont indépendantes (une phrase ne peut pas se dérouler sur deux strophes) ;
5. Si le sonnet est composé d’alexandrins, les trimètres sont interdits ;
6. S’il est composé de décasyllabes, toutes le césures sont identiques : soit 4/6, soit 5/5 ;
7. Les enjambements sont proscrits (rejet, contre rejet, vers complet).
Rimes & Échos
1. Toutes les rimes du sonnet doivent être au moins suffisantes ;
2. Les cinq rimes a, b, c, d, e doivent être différentes ;
3. L’alternance masculin/féminin des rimes respecte le schéma : ad-féminines, bce-masculines ; ou l’inverse ;
6. Les rimes assonantes sont proscrites ;
7. Les échos sont interdits entre la rime et une syllabe fortement accentuée du même vers ou du vers suivant.
Le sonnet (3/3)
Contenu
1. Hors mots-outils (artic., prép., conj., auxiliaires, etc.) il est interdit de répéter un même mot (même sous des formes ou des natures grammaticales différentes) ;
2. Dans les quatrains il est impératif que les 4 mots de chaque rime ne soient pas tous de même nature grammaticale ;
3. Les licences poétiques sont interdites (seul « encor » est toléré – et encore…
) ;
5. Présence d’un changement de perspective entre les quatrains et les tercets (« volta ») ;
6. Présence d’une pointe au dernier vers (« concetto » ou « chute »).
Une partie de ces règles sont issues de L'Art poétique de Boileau (que vous pouvez consulter en cliquant sur le bouton + en bas de page), les autres découlent des conventions admises jusqu'à Théodore de Banville.
Parce qu'ensuite…
Extrait de L'Art poétique de Nicolas Boileau (1636-1711)
L’Art poétique, Chant II
On dit, à ce propos, qu’un jour ce dieu bizarre1,
Voulant pousser à bout tous les rimeurs françois,
Inventa du sonnet les rigoureuses lois,
Voulut qu’en deux quatrains de mesure pareille
La rime avec deux sons frappât huit fois l’oreille.
Et qu’ensuite six vers artistement rangés
Fussent en deux tercets par le sens partagés.
Surtout de ce poëme il bannit la licence2 :
Lui-même en mesura le nombre et la cadence :
Défendit qu’un vers foible y put jamais entrer,
Ni qu’un mot déjà mis osât s’y remontrer.
Du reste il l’enrichit d’une beauté suprême :
Un sonnet sans défaut vaut seul un long poëme.
Mais en vain mille auteurs y pensent arriver,
Et cet heureux phénix est encore à trouver.
À peine dans Gombaut, Maynard et Malleville3,
En peut-on admirer deux ou trois entre mille :
Le reste, aussi peu lu que ceux de Pelletier4,
N’a fait de chez Sercy5 qu’un saut chez l’épicier.
Pour enfermer son sens dans la borne prescrite,
La mesure est toujours trop longue ou trop petite.
________________________________
1 Il s’agit d’Apollon, dieu des arts.
2 Licence poétique.
3 Ces trois poètes n’étaient pas sans mérite :
ils furent tous trois de l’Académie française.
4 Jacques Peletier du Mans fut membre de la Pléiade.
5 Libraire du Palais.